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C'est à lire.... c'est à lire... c'est à lire...
Joël Prieur
Objections - n°5 - avril 2006

Marie Antoinette encore une fois

Alors que le film que Sofia Coppola consacre à Marie Antoinette est attendu au Festival de Cannes, le premier volume de Paul Belaiche-Daninos, Marie Antoinette à la Conciergerie, offre un pur bonheur de lecture… À consommer sans modération !

« La Révolution est un torrent » écrivait Stefan Zweig, admirable biographe de la reine Marie Antoinette. « Assurément, note Paul Belaiche Daninos, mais en 1793 et 1794, c'est un torrent de boue de larmes et de sang ». Le petit-fils de Pierre Daninos, médecin-chef à la faculté de médecine de Paris, a entrepris de nous raconter « les soixante seize jours de Marie Antoinette à la Conciergerie », dans l'infâme cachot où la fait croupir la justice de Robespierre. Il s'agit d'un véritable pavé, qui se lit à bride abattue. Voici l'histoire véridique des perruquiers de la Conjuration de l'Œillet, qui ont fait leur jonction, pour délivrer la Reine, avec le mythique Baron de Batz, chef d'un réseau royaliste aux multiples ramifications. À ses côtés, son homme de main (qui est aussi l'homme de tous les courages et de toutes les mystifications), le Chevalier de Rougeville (immortalisé par Alexandre Dumas dans Le Chevalier de Maison-Rouge). Ce livre d'histoire se lit comme un roman de cape et d'épée.

Mais, par rapport aux chefs-d'œuvre du passé, il a deux avantages : l'auteur passionné de cinéma (il a créé la cinémathèque du Lubéron) a écrit cette œuvre comme un immense scénario : pour 76 jours à la Conciergerie 72 personnages qui se démènent, non seulement dans l'enceinte du Temple mais à Paris dans toute l'Europe. Ce qui nous est rapporté de l'événement historique, ce sont essentiellement des dialogues, merveilleusement vivants, avec des descriptions à l'emporte pièce, histoire de mieux camper les personnages. On voit Fouquier-Tinville à la table de la taverne où il a ses habitudes ; on approche de près Robespierre, amateur de “pommes d'or” (les oranges), et si léger dans l'horreur ; on découvre le vrai visage de Marie Antoinette : « Cette femme qui n'a pas connu un jour de bonheur a fait de la gaieté un mode de vie, par bienséance » disait Pierre Sipriot, l'un de ses biographes. Bienséance à la Cour. Héroïsme sans phrase à la Conciergerie. Le lecteur, tenu en haleine, tourne les pages sans voir passer le temps !

Deuxième avantage sur Alexandre Dumas : Paul Belaiche-Daninos est allé puiser aux meilleures sources, et d'abord aux Archives nationales, assidûment fréquentées pendant quatre ans. Chaque détail, dans cette vaste fresque, pèse son poids d'authenticité. Le “roman” va puiser ses sources, entre autres, dans le livre, célèbre mais resté malheureusement très confidentiel, de S. de Lestapis sur la Conjuration de Batz (Société des études robespierristes 1969), qui reconstitue les files de la toile royaliste dans le Paris terroriste. L'agent royaliste était parvenu à soudoyer les principaux membres de la Commune de Paris. Ces liens entre la droite monarchiste et l'Extrême gauche républicaine constituent d'ailleurs une des clés de la Révolution française, en même temps qu'une extraordinaire matrice romanesque pour Paul Belaiche-Daninos.

Joël Prieur

Paul Belaiche-Daninos, Les 76 jours de Marie Antoinette à la Conciergerie, La conjuration de l'Œillet, éd. Actes Sud, 672 pp., mars 2006, 24,50 euros


Le visage du diable

Léger, léger ce dernier opus, qui nous balade, à en perdre haleine, de Cuba à Moscou et de Londres à Paris, sans oublier New York. Ne cherchez pas La trahison de l'ange dans le rayon littérature de votre Grande surface habituelle. C'est un thriller, vous le découvrirez parmi les polars. Et peut-être trouverez-vous comme moi les premières pages un peu superficielles, toujours entre le cliché et le kitch. L'auteur ne laisse pas peser son regard : personnages croqués à la diable, situations vite esquissées, dialogues rapportés à la hussarde. On n'a pas de temps à perdre, le programme est chargé. On se dit que la romancière a décidé de jouer le jeu du “genre mineur” où elle s'est enfermée et dont elle épouse les tics, sans scrupules. Un polar parmi d'autres ? Le rythme, la précision millimétrée de l'intrigue et le baratin de l'éditeur en Quatre de couverture peuvent le laisser penser. Tournez manège, une page après l'autre, entre agacement et séduction. Et puis vient le moment où l'on se dit qu'il y en a trop. Oui trop pour un polar. Entre un journaliste rwandais, genre griot reconverti en fin limier, une chanteuse franco-anglaise restée vierge malgré dix ans de mariage, un dompteur de tigres germano-américain, un Occidental mal dans ses pompes qui porte un patronyme chevaleresque et rêve de l'islam ; entre Al Quaïda et la DGSE, entre l'iconostase à Moscou, les flingues à Peschawar et l'orgie sexuelle à Londres, le lecteur ne sait plus où donner de la tête. Et l'auteur continue, imperturbable, à enchaîner les scènes les plus improbables en toute vraisemblance. Tout va si vite ! On finit par se demander : mais que cherche-t-on, au fond ? Et tous ces personnages, que cherchent-ils ? Où vont-ils ? Là, c'est le polar dans le polar : on ne cherche pas la clé mais l'énigme. Quelle énigme ? Il suffit de céder, ne serait-ce qu'un instant, à la fascination de l'ange, le plus beau de tous, le plus brillant, le plus doué, pour oublier l'énigme. Ce prétendu polar est en réalité une parabole. C'est le diable, qu'Eve de Castro met en scène dans la profusion baroque des épisodes de ce thriller, un diable qui n'a rien de repoussant. Un diable comme le vrai diable, avec un charme d'enfer, une légèreté aérienne, une malfaisance qui crève les yeux et que l'on refuse de voir. Dirais-je que “le Faon” d'Eve de Castro est plus crédible en Satan que le Stavroguine de Dostoïevsky dans les Possédés ? Décidément oui. Et quand Satan est quelque part, la vraie littérature (oui : la grande) n'est jamais loin.

Joël Prieur

Eve de Castro, La trahison de l'ange, éd. Robert Laffont, 436 pp., mars 2006, 20 euros


Chrétienne, cette démocratie ?

Jean Louis Clément nous propose un livre capital sur La démocratie chrétienne. L'histoire du mouvement a déjà été faite et bien faite, il ne s'agit pas d'y revenir. Aussi bien, ce n'est pas à proprement parler d'une histoire qu'il s'agit. C'est plutôt du point de vue de l'historien des idées que notre auteur apporte du neuf : la Démocratie chrétienne a souvent été considérée comme portant les couleurs d'un moralisme politique. En réalité, elle était imprégnée de l'idéologie bourgeoise qui se projette dans l'idée technocratique d'un gouvernement des experts. Ses sources ? Saint-Simon et Auguste Comte. Le paradoxe crève les yeux : alors que pendant 20 ans, les chantres du Mouvements reprocheront à l'Action française de Charles Maurras son attachement au Comtisme, on peut dire qu'en particulier à travers l'idéologie européiste et l'obsession de l'économique d'abord, ce sont les démocrates chrétiens qui ont fourni le plus gros bataillon à la postérité du Mouvement positiviste. Mais tout cela mérite qu'on y revienne…

Joël Prieur

Jean Louis Clément, La démocratie chrétienne en France, éd. FX de Guibert, 200 pp., déc. 2005, 20 euros

 

 

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