Numéros parus

 

Centre Saint Paul

 

Centre St Paul

 MetaBlog

TradiNews

Pour la tolérance - Plaidoyer non-conformiste
Abbé G. de Tanoüarn
Objections - n°3 - février 2006

Les caricatures de Mahomet m’ont beaucoup donné à penser ces derniers temps… Je réfléchissais, avec la liturgie qui nous a fait relire la parabole du Bon grain et de l’ivraie à la nécessité de la tolérance : « Laissez croître ensemble le bon grain et l’ivraie jusqu’à la moisson !» Le Seigneur nous donne un ordre. Il ne s’agit pas d’être tolérant par opportunisme et parce que cela peut rapporter gros, mais d’attendre le jugement de Dieu (la moisson) pour condamner quiconque : « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugé »… L’Évangile semble bien nous faire un devoir strict de la tolérance envers les personnes !

J’en étais là dans mes pensées lorsque je me souvins d’un livre lu, autrefois, qui attaquait farouchement la tolérance. Il s’agissait d’ailleurs d’une “éthicienne” bien connue et auteur d’un dictionnaire de morale : Monique Canto-Sperber. Je tends le bras vers l’étagère ad hocet voilà ce que je lis : « Si la tolérance était un véritable idéal moral, il serait moralement bon d’accepter une chose qui est moralement répréhensible. Il y a là un paradoxe qui touche à l’absurdité ». C’était exactement le thème que développa, au Centre Saint Paul, un universitaire polonais au nom imprononçable, tout content que l’on ait pu interdire la Gay-pride à Varsovie. Du haut de son double mètre, moustache frétillant au vent, il répétait : la tolérance ne peut pas être un principe moral puisqu’elle autorise le mal… Et, comme pour se rassurer, il ajoutait : Platon avait déjà compris cela…

Mais alors que fait-on de l’ordre du Seigneur : « Laissez pousser ensemble le bon grain et l’ivraie jusqu’à la moisson». J’ai toujours pensé que Cajétan, le grand scolastique du XVIe siècle, est un meilleur moraliste que Platon. Ne serait-ce que parce qu’il a lu Aristote. Mais aussi parce qu’il a médité l’Évangile! Dans son Commentaire du Traité de la foi, Cajétan souligne que la tolérance du mal n’est pas un mal mais un bien et qu’au contraire donc, l’absence de tolérance est un mal. En effet, si l’on tolère le mal, c’est en vue d’un plus grand bien. Dieu lui-même nous donne d’ailleurs l’exemple de la tolérance puisque « Il fait briller son soleil sur les bons comme sur les méchants ». Voilà, me semble-t-il, une bonne réponse à Monique Canto-Sperber, qui n’a pas daigné lui consacrer un article dans son Dictionnaire d’Éthique. Voilà, pour notre ami polonais, un excellent sédatif à ses humeurs platoniciennes…

Il faut distinguer cependant deux types de tolérance : envers les personnes, un chrétien doit toujours s’abstenir de les juger sur le fond (même s’il peut et parfois doit juger un comportement). Du point de vue des circonstances en revanche, (politiques, économiques ou tout simplement personnelles), le grand critère est la prudence, au sens aristotélicien du terme: l’art de proportionner les moyens à la fin. Pierre Aubenque, grand spécialiste de la question, la trouve tellement difficile à résoudre qu’il nomme la prudence : une vertu tragique. En tout cas, c’est bien la croix des interprètes !

 

 

Objections - 12 rue Saint-Joseph - 75002 Paris - 01.40.26.41.78

contact

Reprise des textes autorisée, aux conditions suivantes: En donner les coordonnées complètes (titre de la revue, de l'article, auteur et date). En cas de reprise sous forme électronique, placer un lien actif vers le site de la revue Objections - http://revue.objections.free.fr | Directeur de la publication: Guillaume de Tanoüarn | Edité par: Association pour la Diffusion de la Culture Chrétienne (A.D.C.C.) 22, rue Frémicourt - 75015 Paris | Numéro de commission paritaire: 0308 G 87723