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Saisis par la foi : un film sur la conversion
Laurent Lineuil
Objections - n°2 - janvier 2006

Le vent serait-il en train de changer à Hollywood? Il semble que, depuis le succès inattendu de La Passion du Christ, les producteurs se soient affranchis de la croyance selon laquelle la religion était chose ringarde.

Le film de Mel Gibson leur a fait comprendre la seule chose sensible à leurs intellects, qu’elle pouvait aussi servir à récolter de l’argent, en s’adressant délibérément au public chrétien, jamais sollicité en tant que tel. Longtemps considérées comme inadaptables, à moins de leur faire subir une sérieuse “modernisation” (ce dont l’héritier de CS Lewis nous a heureusement préservés), les Chroniques de Narnia viennent d’être portées à l’écran par Andrew Adamson, sous l’égide de Disney, dans une fidélité scrupuleuse, non seulement à leur lettre, mais aussi à leur esprit chrétien. Les effets spéciaux les plus modernes au service de la féerie la plus profonde: le résultat est proprement enchanteur.

Quant à Abel Ferrara, le réalisateur de Mary, il reconnaît qu’avant le succès de la Passion du Christ, son projet de film autour de Marie- Madeleine ne rencontrait qu’indifférence chez les producteurs… Bien sûr, Mary ne connaîtra pas le succès du film de Mel Gibson : c’est un film austère, exigeant, entrecoupé de débats théologiques et animé d’interrogations métaphysiques réelles. Et sans rien de scandaleux, contrairement à ce qu’on pouvait attendre de ce cinéaste italo-américain tourmenté.

Ici, le personnage central n’est pas tant Marie- Madeleine que Marie Palesi (Juliette Binoche), une actrice qui incarne la disciple de Jésus dans le film réalisé par Tony Childress (Matthew Modine). Saisie par son personnage, Marie abandonne sa carrière d’actrice pour aller approfondir sa quête mystique à Jérusalem. À la grande déception de Théodore Younger (Forrest Whitaker), amant de sa meilleure amie et par ailleurs chroniqueur religieux, qui aurait aimé la faire venir sur son plateau de télévision. S’il est plus consciencieux que Childress, qui n’est là que pour le scandale et l’argent, Théodore est de ceux pour qui la religion est un pur jeu de l’esprit. Mais voici que sa femme accouche prématurément alors qu’il passait la nuit chez sa maîtresse. La survie du bébé est incertaine; Marie, au téléphone, donne à Théodore, ravagé par la souffrance et le remords, cet unique conseil: prier.

Inspirée de l’Évangile de Marie (texte apocryphe et gnostique – là où l’Évangile de Matthieu écrit : « Car où est ton trésor, là aussi sera ton cœur», celui de Marie dit exactement le contraire: «car là où est l’intellect, là est le trésor »), la variation, assez irritante, sur Marie- Madeleine, avec ses discussions théologiques un rien brouillonnes, son éloge d’une foi purement intérieure, ses scènes bibliques maladroites (Jésus, après sa résurrection, a l’air affolé de qui a un train crucial à attraper), s’efface dès lors devant une réflexion passionnante sur la façon dont la foi peut saisir n’importe qui, du jour au lendemain : Marie à travers son rôle, Théodore à travers une épreuve qui lui fait redécouvrir le sens du péché. Quant à Childress, le tumulte de son ego le rend sourd à la voix divine.

Dans une scène bouleversante, Théodore, en larmes, reçoit de Marie le conseil de demander secours à son Père éternel, en Lequel il ne croit pas. « S’il m’aime, objecte-t-il, pourquoi m’infliget- il cela?» La réponse de Marie: « Lui as-tu demandé?» sera décisive : Théodore va accomplir le geste, pour lui inouï, de se mettre à genoux devant le crucifix et de demander pardon. La scène est magnifique, et l’on aimerait être capable de prier ainsi, avec cette énergie du désespoir, cette nudité du cœur, cet absolu abandon.

Peu de cinéastes chrétiens en ont osé une pareille, et pour elle, on pardonne à Ferrara toutes les faiblesses de son film, pour ne plus y voir qu’un magnifique témoignage d’humilité devant le mystère de la foi.

Le Monde de Narnia et Mary, tous deux sur les écrans depuis le 21 décembre.

 

 

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